|
Un
des objectifs de la recherche consistait à
récolter des données sur les opinions
et les représentations qu'ont développées
les adolescents vis à vis dInternet.
Dans cette perspective, tous les jeunes de l'échantillon
ont été interrogés, qu'ils soient
utilisateurs ou non-utilisateurs d'Internet (rappelons
que 28% des jeunes de léchantillon ont
déclaré navoir jamais utilisé
Internet).
Ils
ont d'abord répondu à une question ouverte,
la première du questionnaire: "Pour toi, Internet,
c'est quoi?". Ensuite, une vingtaine d'affirmations
leur ont été soumises, portant sur:
- le phénomène Internet: son caractère
révolutionnaire, son utilité, son impact
sur les relations humaines;
- les contenus présents sur Internet:
leur caractère ludique ou sérieux, la
fiabilité des informations, la nécessité
de les contrôler;
- la technologie Internet: sa facilité
dutilisation, son rapport avec linformatique,
son efficacité dans la recherche documentaire,
ses spécificités par rapport aux livres;
- lavenir dInternet: en tant que
média par rapport à la télévision,
ses répercussions sur la langue française,
son rôle vis à vis de lécole,
du monde professionnel.
Cinq
choix de réponses étaient offerts: "tout
à fait en désaccord"; "plutôt
en désaccord"; "plutôt d'accord"; "tout
à fait d'accord" et "je ne sais pas". Dans
la mesure où les jeunes devaient répondre
en choisissant la phrase qui correspondait le mieux
à leur opinion, les réponses recueillies
doivent être comprises d'abord comme des réactions
aux affirmations qui leur étaient proposées,
affirmations à certains égards volontairement
caricaturales. Notre objectif consistait plus à
dessiner à grands traits les perceptions que
les adolescents ont d'Internet qu'à dresser
une liste exhaustive de leurs opinions.
Dans
un deuxième temps, les entretiens nous ont
permis dapprofondir les tendances mises en lumière
par lanalyse des réponses au questionnaire.
Nous avons cherché à cerner, à
travers leurs propres mots, comment les jeunes se
représentent Internet. Les dimensions qualitatives
issues de ces entrevues individuelles sont présentées
ici en encadré, au fil de lanalyse, comme
autant déclairages sur les données
quantitatives.

1 - Tendances générales
2 - Que pensent-ils du "phénomène"
Internet?
3 - Que pensent-ils des contenus
d'Internet?
4 - Que pensent-ils de la technologie
Internet?
5 - Comment voient-ils lavenir
dInternet?
6 - Utilisateurs et non-utilisateurs:
des représentations identiques?
De
façon générale, les réponses
obtenues présentent une grande homogénéité;
on a relevé peu de cas pour lesquels les opinions
étaient très polarisées. De plus,
comme nous le montrerons dans les chapitres suivants,
les opinions exprimées sont globalement cohérentes
avec les pratiques observées chez les utilisateurs.
Une grande homogénéité dans
les réponses
Les
jeunes interrogés se retrouvent massivement
(de 90% à 70%) sur quelques affirmations :
- Internet, cest révolutionnaire
- Internet, ce nest pas une perte de temps
- Internet permet daméliorer la
communication entre les gens
- Internet sera aussi naturel que le téléphone
ou la télévision
- Pour travailler, il faudra maîtriser
Internet
- Internet ne va pas remplacer lécole.
A
l'opposé, les questions recueillant les avis
les plus partagés portent sur :
- la nécessité de connaître
l'anglais et l'informatique pour aller sur Internet,
- la concurrence éventuelle dInternet
avec la télévision.
Peu de réponses fortement polarisées
Les
jeunes expriment des avis positifs, mais souvent mesurés.
Le taux élevé de non-réponse
à plusieurs questions (15% en moyenne) et la
prudence avec laquelle ils sexpliquent de vive
voix montrent que leurs représentations ne
sont pas toujours stabilisées, et quils
éprouvent parfois des difficultés à
prendre position devant un objet et un phénomène
en évolution, à plus forte raison quand
ils nen ont pas eu lexpérience
directe.
"Je
connais peu, je ne peux pas juger", estime ainsi
Mylène (14 ans).
Certains
dentre eux, notamment les plus âgés,
ont conscience de l'influence du discours des médias
et de ce que véhicule l'opinion publique
sur leurs représentations d'Internet.
Séverine
(15 ans) pense quil faudrait contrôler
les informations présentes sur Internet.
Elle justifie son opinion en ajoutant: "
puisqu'on
dit à la télévision quil
y a du danger". Un peu plus tard, elle affirme:
"Tout le monde aura besoin d'Internet un jour
ou lautre", puis tempère: "Enfin,
cest ce quils nous disent".
Des différences en fonction du sexe et du
degré de pratique
Les
différences apparaissant dans les réponses
sexpliquent principalement par le sexe et le
degré de pratique dInternet. L'origine
géographique, l'âge et le niveau scolaire
sont rarement des variables significatives.
Le
sexe
Beaucoup de représentations d'Internet sont
communes aux filles et aux garçons. Ils partagent
notamment une vision positive et sereine dInternet.
Toutefois, les filles expriment des avis plus mesurés
que les garçons, ou sabstiennent de répondre
quand elles estiment n'avoir pas assez dexpérience
pour se prononcer.
Les garçons sont plus positifs: ils sont plus
nombreux à trouver Internet révolutionnaire,
facile, plus agréable que les livres, fiable
et indispensable à la vie professionnelle.
Ils sont également plus nombreux à dire
qu'il pourrait remplacer la télévision,
voire l'école. Ils réfutent plus fortement
que les autres les arguments évoquant les dangers
d'Internet.
Le
degré de pratique
La question 4 nous a servi de base pour étudier
trois profils d'utilisateurs tout au long de ce rapport:
- les "petits utilisateurs", qui déclarent
avoir utilisé Internet une, deux ou quelques
fois,
- les "utilisateurs réguliers" qui disent
l'avoir utilisé souvent,
- les "grands utilisateurs" qui disent l'avoir
utilisé très souvent.
Là encore, les réponses nenregistrent
bien entendu que ce que les élèves déclarent.
Les entretiens nous ont montré que les profils
"petits utilisateurs" et "utilisateurs réguliers"
se confondent souvent, alors que les "grands utilisateurs"
semblent avoir un profil original.
Les grands utilisateurs sont plus enthousiastes que
les jeunes peu ou pas familiers dInternet. C'est
dailleurs là une particularité
qui n'est pas propre aux jeunes, elle est mentionnée
dans plusieurs études menées auprès
de la population française adulte. Ils ont
une vision encore plus positive, des avis plus nets
et prennent position plus fréquemment. Ils
sont plus nombreux à trouver Internet révolutionnaire,
facile, indispensable, fiable, à le voir comme
un divertissement mais aussi comme un outil nécessaire
à la vie professionnelle et naturel dans la
maison. S'ils envisagent qu'Internet puisse modifier
leur mode de vie, c'est pour estimer que leur pratique
télévisuelle pourrait diminuer, et qu'Internet
pourrait remplacer la télévision. Ils
réfutent plus fortement que les autres les
arguments évoquant les dangers d'Internet et
n'y voient pas vraiment de risque d'isolement pour
les individus, ou de menace pour la langue française.

1-Tendances générales
2 - Que pensent-ils du "phénomène"
Internet?
3 - Que pensent-ils des contenus
d'Internet?
4 - Que pensent-ils de la technologie
Internet?
5 - Comment voient-ils lavenir
dInternet?
6 - Utilisateurs et non-utilisateurs:
des représentations identiques?
| 2
- QUE PENSENT-ILS DU PHÉNOMÈNE INTERNET
? |
"Pour toi, Internet, c'est quoi?"
Presque
tous ont une idée d'Internet, qu'elle soit
positive ou négative.
Les
jeunes savent-ils vraiment ce qu'est Internet? Comment
lenvisagent-ils? La première question,
"Pour toi, Internet, c'est quoi?", avait pour objectif
de mieux cerner la représentation spontanée
que les jeunes ont dInternet, et par là-même
de vérifier dans quelle mesure Internet en
général leur est connu.
On constate tout d'abord que les jeunes ont très
massivement répondu à cette question
pourtant complexe: nous avons obtenu 506 réponses
sur un total de 524 questionnaires. Très peu
dentre eux semblent donc avoir été
désarçonnés au point de ne pouvoir
répondre.
Il
semble également que presque tous ces 506 jeunes
se font une idée, positive ou négative,
d'Internet. Nous n'avons relevé que quatre
cas où les jeunes expriment leur incapacité
à répondre:
- "Je ne sais pas car je ne suis jamais allée
sur Internet"
- "Je ne sais pas car je ne m'y intéresse pas
et je n'ai pas d'ordinateur"
- "Internet reste une énigme"
- "Pour moi, ça ne représente pas grand
chose car je ne l'utilise pas".
A titre d'information, rappelons que selon le sondage
CSA réalisé à la même époque,
1% des Français adultes déclarait navoir
jamais entendu parler de l'Internet. Notons également
que cest au même moment quInternet
a véritablement fait son entrée dans
la publicité télévisée,
ce qui a pu contribuer à faire connaître
son existence, même s'il est fréquemment
cité au sein des journaux télévisés
ou des programmes.
Nous
avons procédé à une rapide analyse
lexicale de ces textes en utilisant deux méthodes:
un relevé manuel du premier syntagme utilisé
par les jeunes pour définir Internet et un
programme informatique lexicométrique pour
identifier les mots les plus fréquemment employés
dans l'ensemble des verbatims et pour quantifier leurs
occurrences.
Internet,
c'est avant tout ce que l'on peut en faire.
L'analyse
du premier syntagme de chaque texte montre qu'Internet
est défini avant tout par ce que l'on peut
en faire. C'est "un moyen", "la possibilité"
de faire toutes sortes de choses, "ça permet
",
"ça sert
". Moyen de communiquer avant
tout, mais aussi de découvrir, connaître,
voyager, s'informer, rechercher, explorer, s'amuser
C'est la possibilité "de téléphoner
de n'importe où", "de parler avec le monde
entier". Cela "sert à trouver des salles pour
des jeux", "à se renseigner sur des prix",
"à relier des millions d'ordinateurs", ça
permet "de savoir tout sur le monde", etc.
Aux
yeux des jeunes, très nombreuses sont les actions
qu'Internet rend possibles. Parfois même, Internet
ne se définit plus seulement par son potentiel
d'actions, mais il se résume à telle
ou telle action: "Internet, c'est communiquer à
distance en réseau", "c'est découvrir
des choses concernant les autres", "c'est voyager
dans le monde", "c'est bien jouer", c'est pouvoir
acheter"
Parmi
la diversité des activités possibles,
la dimension communicative tient une place considérable.
Sur les 506 réponses analysées, 150
(soit près de 30%) commencent par: "C'est un
moyen de communiquer
" ou par: "C'est un moyen
de communication
". Certains jeunes vont jusqu'à
résumer leur représentation en une phrase
: "Internet, c'est la communication envers le monde
entier", "Internet, c'est communiquer facilement dans
le monde entier", "Internet, c'est s'ouvrir au monde".
Cette manière de définir Internet reflète
bien l'adéquation entre ce que permet réellement
ce nouveau média et le besoin de communication
qu'éprouvent habituellement les adolescents.
Deux définitions complètes pour en témoigner:
- "C'est une façon de communiquer avec mon
père car appeler en Angleterre c'est cher,
mon père est tout pour moi et sans la merveilleuse
Internet je parlerais à mon père une
fois par semaine."
- "C'est une boîte aux lettres virtuelle que
personne sauf moi peut regarder mon courrier. C'est
aussi un réseau Chat qui me permet de parler
à des personnes dans le monde entier de mes
problèmes intimes."
Le
mot "information" est souvent associé à
"communication" ("un moyen de communication et d'information"),
mais ne vient que dans un second temps, et moins souvent.
La fonction documentaire d'Internet ressort également,
dès les premiers mots, sous la métaphore
de l'imprimé. C'est souvent "une encyclopédie",
"une bibliothèque", mais aussi "le dictionnaire
de toutes les choses qu'il y a au monde", "une sorte
de gros classeur"
Ces
deux fonctions, communication et information, sont
déclinées sous différents termes
qui reviennent souvent:
- le monde:
"C'est le monde. Je vis sur Internet. C'est comme
ma maison. Internet c'est un réseau avec beaucoup
d'informations qui circulent."
"C'est le monde en interactif, une façon de
voyager, de voir le monde de chez soi."
- la découverte: "C'est la découverte
des différentes cultures à travers un
ordinateur"
- l'ouverture: "Une ouverture vers des connaissances
qu'on n'irait pas voir dans des livres"
- une source: une source de connaissances, d'informations
Si
l'on considère le verbatim dans son ensemble,
les constats sont les mêmes: "communication"
(sous sa forme substantivale ou verbale) est de très
loin le mot le plus souvent employé, hormis
bien sûr les mots outils. On en dénombre
330 occurrences. Le mot "monde" revient 200 fois,
et "information, informer" 180 fois. Ce que résume
un des jeunes par ces mots:
"Internet est finalement la conséquence logique
du besoin de l'Homme à communiquer et à
"aller voir derrière la montagne"."
Internet
est souvent perçu comme une technologie.
Lorsque
les jeunes tentent de définir Internet d'une
autre manière que celle que nous venons d'évoquer,
ils l'assimilent dès les premiers mots à
un objet technique : c'est avant tout "un réseau"
(le terme est cité 60 fois), "un" ou "des sites"
(30 fois), mais aussi "un outil", "un logiciel", "une
base" ou "une banque de données"
On
le voit, les termes se réfèrent le plus
souvent au monde de l'informatique, et même
spécifiquement à celui d'Internet. Ils
reflètent parfois une bonne maîtrise
de ce langage spécifique et une excellente
connaissance du fonctionnement d'Internet :
"C'est une toile d'araignée mondiale, ce réseau
permet de relier tous les utilisateurs d'ordinateurs
pour partager des données, demander des renseignements.
Internet permet d'être en communication avec
le monde extérieur, connaître les événements,
actualités, pour le prix d'une communication
locale."
Mais
le plus souvent, les termes techniques sont inappropriés
et les approximations lexicales nombreuses :
"C'est un logiciel qui sert à faire des recherches
et à s'informer", "un site où on trouve
tous les renseignements dont on a besoin", "une route
vers la communication", "un programme sur lequel on
peut recevoir des informations"
Si
l'utilisation de ces termes marque des maladresses
de langage, voire une méconnaissance d'Internet,
elle révèle aussi à quel point
les jeunes perçoivent Internet comme un objet
concret : "C'est un logiciel sur lequel tu peux
aller grâce à une prise téléphonique
dans lequel il y a plein de sites sur tous les sujets
existants". Le mot "virtuel" ne fait partie de leur
vocabulaire que très marginalement (10 occurrences
sur l'ensemble des textes).
Les
jeunes portent un regard positif sur Internet.
Dans
leur quasi totalité, les jeunes définissent
Internet positivement. "Bien", "génial", "super",
"intéressant", "facile", "rapide" sont les
qualificatifs qui reviennent le plus fréquemment:
- "Internet, c'est une expérience, c'est
bien parce qu'on peut faire plein de choses"
- "Pour moi, Internet c'est un réseau
intéressant, je n'ai jamais eu la chance d'y
entrer mais je suis sûre que cela doit être
très bien. Internet, c'est génial, j'espère
un jour le découvrir !".
Comme
on va le voir avec l'analyse des questions fermées,
les jeunes ont une vision positive d'Internet, mais
nuancée: "Il devient très facile de
communiquer avec n'importe quel coin de la terre,
ce qui est bien. D'autre part il ne faut pas oublier
que c'est par Internet que l'économie se globalise
parce qu'on peut trouver l'occasion la moins chère
qui existe dans le monde. Par ce fait, les pays pauvres
sont encore plus exploités, bien qu'ils soient
en contact avec les pays développés".
A
ces opinions globalement favorables répondent
toutefois quelques réponses négatives,
très peu nombreuses :
- "C'est une inutilité de notre siècle.
Je ne l'utilise quasiment jamais sauf quand mon père
m'y force. Je n'y trouve aucun plaisir"
- "Ca sert à rien, je trouve ça nul".
Les
entretiens prolongés qui ont été
réalisés avec 23 élèves
de cet échantillon confirment les tendances
observées dans le verbatim. Dans leur tentative
de définir Internet, ils insistent avant
tout sur les possibilités qu'il offre.
Le média leur paraît tellement riche
et varié qu'ils pensent que chacun peut
y trouver son intérêt.
Si
on utilise Internet, "à 40 ans, dit Cécile
(16 ans), c'est peut-être pour des projets
de vacances" ou dans le domaine professionnel
comme "cet écrivain qui a fait publier
son livre uniquement sur Internet". "Toutes mes
amies consacrent les trois-quarts de leur ordinateur
à chatter, à s'amuser". C'est du
moins ce qui ressort des conversations qu'elle
a avec ses amies qui ont Internet chez elles.
Un média révolutionnaire et utile
|
n=524
Echantillon complet
|
d'accord
|
pas
d'accord
|
ne
se
prononcent pas
|
|
Internet,
cest révolutionnaire
|
85%
|
5%
|
10%
|
|
Une
fois quon a commencé à utiliser
Internet, on ne peut plus sen passer
|
45%
|
34%
|
21%
|
|
Internet,
cest une perte de temps
|
5%
|
88%
|
7%
|
Les
jeunes ont une perception globalement positive et
favorable à Internet. Ils considèrent
massivement ce nouveau média comme "révolutionnaire"
(85%) et "utile" (88% rejettent l'idée qu'Internet
serait une perte de temps).
Notons
tout de suite que la perte de temps est une notion
très vague. Comme le fait remarquer Cécile
(16 ans) en entretien, cela dépend de ce
que l'on fait: "Si c'est pour s'amuser de temps
en temps, pourquoi pas. Je ne sais pas si le plaisir
est une perte de temps
Mais si c'est pour
faire des recherches, ce n'est pas du tout une
perte de temps, c'est un gain de temps".
Alexia
(12 ans): "Jai une amie qui a Internet chez
elle et en parle souvent. Elle va sur des forums
de discussion et semble contente. Comme elle est
très bavarde, elle perd peut-être
son temps."
Il
semble bien que cet enthousiasme vis à vis
d'Internet croisse avec son usage. Ainsi, les grands
utilisateurs sont encore plus positifs que les autres:
97% d'entre eux ne sont pas d'accord avec l'idée
qu'Internet serait une perte de temps, et 74% estiment
quune fois quon a commencé, on
ne peut plus sen passer.
Internet ne serait donc pas, comme on le dit parfois,
une mode passagère; une fois leffet de
nouveauté dissipé, les gens retourneraient
à leurs anciennes habitudes de consommation
des médias et modes de communication. Dans
le cas des adolescents, il semble bien quon
assiste au phénomène inverse.
Ces
jeunes ne sont cependant ni inconditionnels, ni dénués
de sens critique vis à vis du média
et de lampleur du phénomène. Si
85% d'entre eux sont globalement d'accord pour dire
qu'Internet est révolutionnaire, 41% seulement
sont "tout à fait daccord".
Même constat sur la deuxième affirmation:
seuls 45% dentre eux pensent que "une fois quon
a commencé, on ne peut plus sen passer".
Toutefois, les réponses à cette question
ont pu être faussées par l'ambiguïté
de la formulation. Les jeunes ont pu comprendre l'affirmation
de façon positive (on ne peut plus s'en passer
parce que c'est un outil indispensable) ou négative
(on ne peut plus s'en passer parce qu'on devient "accro").
Il semble pourtant que la forte adhésion des
grands utilisateurs montre qu'elle a plutôt
été comprise comme un point positif,
soulignant l'utilité d'Internet et non la dépendance
possible.
Garçons
et filles partagent cette même vision positive
et tranquille dInternet. Toutefois, les garçons
émettent généralement des avis
plus tranchés. Dans la catégorie de
ceux qui souscrivent à cette affirmation, les
plus enthousiastes sont les garçons (48% des
garçons sont "tout à fait daccord"
pour dire quInternet est révolutionnaire,
contre 33% des filles).
Curieusement,
le fait davoir Internet à la maison ne
joue aucun rôle sur ces représentations,
mais avoir un ordinateur renforce leur adhésion:
78% des jeunes qui n'ont pas d'ordinateur chez eux
trouve Internet révolutionnaire, mais ils sont
89% à porter le même jugement lorsqu'ils
en ont un à la maison. Même constat pour
ceux qui ne se prononcent pas: ils sont nettement
plus nombreux (un tiers en plus) à s'abstenir
de répondre quand ils n'ont pas d'ordinateur
chez eux. La présence d'un ordinateur à
la maison aurait donc une incidence plus importante
que celle d'Internet sur les représentations
vis à vis de ce nouveau média.
Les
jeunes reconnaissent massivement un aspect révolutionnaire
à Internet, mais quentendent-ils
par ce mot?
- Pour Franz (12 ans), la fonction encyclopédique
d'Internet n'est pas le plus important: "Ce qui
est bien, c'est que c'est des informations que
l'on peut avoir facilement. Mais sinon, les informations,
on peut les avoir sans Internet. C'est plus facile
quand même avec Internet. Le Chat, ça
oui, c'est révolutionnaire. Parce qu'on
peut communiquer avec des gens qu'on ne connaît
même pas."
- Cécile
(16 ans) préfère parler d'évolution
plutôt que de révolution: "Ma vie
n'a pas changé pour autant !"
- Cest
vrai que cest bien pratique, reconnaît
Steve (13 ans). On peut tout faire, ses courses,
commander ce quon veut. Quand on est handicapé,
cest bien. Parfois, il peut y avoir une
perte de temps, quand même."
- "Révolutionnaire?
Pas trop daccord, dit Mylène (14
ans). Cest utile mais on peut sen
passer, avec les bibliothèques, par exemple."
Des effets positifs sur la communication
|
n=524
|
d'accord
|
pas
d'accord
|
ne
se
prononcent pas
|
|
Internet
permet daméliorer
la communication entre les gens
|
78%
|
14%
|
8%
|
|
Quand
on est abonné à Internet
à la maison, on se parle moins
|
20%
|
56%
|
24%
|
Les
jeunes voient positivement les effets possibles dInternet
sur la communication et louverture au monde.
Plus des trois-quarts d'entre eux (78%) sont persuadés
quInternet permet daméliorer la
communication, et ils sont plus partagés sur
lidée que "quand on est abonné
à Internet à la maison, on se parle
moins" (56% des jeunes ne le pensent pas). Cette
opposition montre que les jeunes entendent par "communication"
des échanges beaucoup plus larges que les seuls
rapports familiaux.
Sur
cette deuxième affirmation, des différences
très nettes se font sentir en fonction du niveau
de pratique. Lorsque les jeunes ont Internet chez
eux, et plus nettement encore lorsqu'ils en sont de
grands utilisateurs, ils sont entre huit et neuf sur
dix à repousser l'idée qu'on se parlerait
moins avec Internet à la maison. En revanche,
ceux qui n'ont pas Internet chez eux et les petits
utilisateurs sont plus hésitants (ils ne sont
plus que 45%). Notons que les élèves
du collège Camus de La Rochelle, massivement
sous-équipés, sont parmi les plus circonspects
(36%).
Filles
et garçons ont des représentations légèrement
différentes, les garçons pensant plus
nettement que les filles (61% contre 51%) que la communication
dans la famille n'est pas modifiée.
Par
sa rapidité, sa facilité, les possibilités
daller à la rencontre de linconnu,
la communication apparaît aux jeunes comme
laspect le plus révolutionnaire dInternet.
Pourtant, là encore, ils émettent
des réserves. Ils lui reprochent avant
tout l'anonymat et la dépersonnalisation.
- "Pour moi, dit Amélie (17 ans),
Internet c'est communiquer facilement dans le
monde entier, mais c'est aussi un moyen d'isolement,
c'est-à-dire que les rencontres ne sont
plus humaines, elles sont virtuelles. Les gens
restent cloîtrés chez eux avec leur
ordinateur."
-
Avec le téléphone, dit Franz (12
ans), "on communique mieux, on dialogue en direct.
Avec les messages, on n'est jamais sûr qu'ils
(mes copains) les lisent tout de suite."
-
Arnaud (13 ans), qui utilise Internet comme source
de documentation, en parle avant tout comme dun
outil de communication. Le point le plus positif
pour lui, c'est qu'Internet permettra d'améliorer
la communication "entre les gens dailleurs,
et de parler avec des gens de pays quon
a jamais vus". En revanche, il pense que c'est
un frein à la communication dans la famille.
-
"Les messages électroniques, c'est comme
des lettres, explique Cécile (16 ans).
Sauf que la lettre, elle est écrite à
la main, on reconnaît l'écriture,
on la conserve. Tandis qu'à l'ordinateur,
c'est beaucoup plus impersonnel." Comme le téléphone,
où "il y a la voix".
-
Lorsqu'on lui demande si Internet va améliorer
la communication entre les gens, Cécile
s'exclame: "Bien sûr que non! On ne les
voit pas, on ne sait pas leur nom, c'est pas fait
pour ça. Sauf quand on fait des rencontres.
Mais c'est au hasard." Ce qui rend les échanges
difficiles, selon elle, c'est que l'on discute
à plusieurs et que l'on ne voit pas réellement
qui est l'autre: "C'est marrant, juste comme ça".
Elle reconnaît qu'Internet peut favoriser
les contacts avec des étrangers qu'on ne
rencontrerait pas autrement, mais doute que cela
soit si fréquent. Elle envisage le Chat
comme un outil utilisé d'abord avec "des
gens qui nous ressemblent" et n'en voit pas bien
l'intérêt: "si c'est un Français
normal, moi j'en connais déjà beaucoup
ici, j'ai pas besoin
". Elle a constaté
que ses amies qui chattent se retrouvent entre
elles, à plusieurs, avec des pseudonymes
qu'elles connaissent, et discutent en même
temps avec des gens qu'elles ne connaissent pas.
C'est un peu comme au café, mais "c'est
moins convivial, on est tout seul, on ne peut
pas rire
".
-
Jacotte (17 ans) trouve qu'Internet est révolutionnaire
parce que "ça permet de communiquer avec
des personnes qui ne seraient jamais en contact".
Mais il lui est arrivé de communiquer par
Chat ou dans des forums, et elle trouve ça
"un peu vide". "J'ai des amis qui se sont rencontrés
sur Internet, ça marche bien sûr,
mais c'est pas mon truc. Je préfère
voir les gens en face de moi pour leur parler."
-
Vincent (14 ans) pense que les gens voient Internet
comme une ouverture sur le monde. Mais il estime
que cela ne sapplique pas du tout à
lui. Il explique, non sans humour: "Les gens disent
quavec les bouquins, la télé,
la musique, je vis dans une bulle. Alors pour
eux, quand je vais sur Internet, jouvre
la bulle. Mais pas du tout!"

1-Tendances générales
2 - Que pensent-ils du "phénomène"
Internet?
3 - Que pensent-ils des contenus
d'Internet?
4 - Que pensent-ils de la technologie
Internet?
5 - Comment voient-ils lavenir
dInternet?
6 - Utilisateurs et non-utilisateurs:
des représentations identiques?
| 3
- QUE PENSENT-ILS DES CONTENUS INTERNET
? |
Comment
les adolescents perçoivent-ils les informations
qu'Internet contient? Que pensent-ils de ces contenus
en regard de la véracité de l'information?
Internet : un loisir avant tout
|
n=524
|
d'accord
|
pas
d'accord
|
ne
se
prononcent pas
|
|
Internet
est avant tout un
moyen de divertissement
|
65%
|
22%
|
13%
|
Comme
les usages observés viendront le confirmer,
65% des jeunes, et autant les filles que les garçons,
disent dInternet quil est plutôt
un divertissement. Plus ils l'utilisent, et plus ils
sont nombreux à l'affirmer. Il est vrai que
ce sont précisément les grands utilisateurs
qui ont Internet à leur domicile, où,
comme nous le verrons plus loin, ils l'utilisent avant
tout pour les loisirs.
En
revanche, plus ils avancent dans leur cursus scolaire,
plus ils lient Internet à une activité
sérieuse. Plus du quart des élèves
de seconde et première refusent ainsi d'associer
Internet au divertissement.
Notons à ce propos que les représentations
des jeunes -comme leurs pratiques- ne coïncident
pas avec celles que les parents projettent sur leurs
enfants. A la question du sondage Ipsos d'octobre
2000: "Qu'est-ce qui est le plus intéressant
lorsque vous pensez à l'utilisation que font
ou pourraient faire vos enfants d'Internet chez vous?",
les parents interrogés répondent à
77%: "la recherche de documentation scolaire" et à
59%: "la possibilité de consulter des sites
éducatifs".
Tous
les jeunes perçoivent le potentiel énorme
dInternet comme instrument de travail, bien
quà leurs yeux il soit dabord
et avant tout vu et vécu comme une occasion
de divertissement.
- Internet, pour Fabien (17 ans), "cest
deux catégories: les loisirs et le travail.
Le travail, cest une gigantesque bibliothèque.
Pour les loisirs, cest le moyen de relier
tous les ordinateurs pour les jeux ou pour regarder
des bandes-annonces de films sans se déplacer."
-
Pour Jacotte (17 ans), Internet est clairement
un divertissement, surtout quand elle visite des
sites avec des amies. Mais le plaisir reste le
même quand elle cherche des renseignements
pour le lycée (par exemple pour le bac
de français ou un cours d'allemand).
-
Arnaud (13 ans) fait nettement la différence
entre ce quInternet est pour lui, cest-à-dire
un divertissement, et ce quInternet représente
pour "les grandes personnes", cest-à-dire
"un moyen de trouver des informations, de passer
des commandes ou dacheter aux enchères,
et un outil de travail."
-
Vincent (14 ans) ne perçoit Internet ni
comme un divertissement, ni comme un outil de
travail: "Je ne peux pas dire quon samuse
avec Internet, moi je lis et je regarde Internet."
Des informations fiables, mais à contrôler
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n=524
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d'accord
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pas
d'accord
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ne
se prononcent pas
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Il
faudrait contrôler ce qu'il y a sur Internet
(ex: sites Internet dangereux, racistes, violents,
pornographiques, etc.)
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67%
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27%
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6%
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Habituellement,
on peut faire
confiance aux informations
qu'on trouve sur Internet
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63%
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16%
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21%
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Une confiance relative
Sur
Internet, on trouve tout, tel est le leitmotiv des
jeunes. Rares sont ceux qui, comme Arnaud, indiquent
ce que l'on ne trouve pas ("des références
de casseroles", dit-il). Pour eux, le corollaire de
cette richesse, cest la qualité des contenus.
Sils sont près des deux-tiers à
faire confiance habituellement aux informations qui
circulent sur Internet, ils ne leur font pas non plus
une confiance aveugle et sont à peu près
aussi nombreux à juger nécessaire un
contrôle des sites. Notons que le terme "habituellement"
utilisé dans la première affirmation
rend les réponses négatives plus signifiantes
que les réponses positives. Un pourcentage
non négligeable de jeunes (16%) est donc "habituellement"
méfiant, y compris parmi les grands utilisateurs
(18%).
La
position des villes et des établissements scolaires
est plus contrastée sur cette question que
sur les précédentes. Les Rochelais sont
plus nombreux que les Parisiens à accorder
leur confiance (68% contre 58%). Parmi les établissements,
ce sont le collège-lycée parisien Balzac
et le collège rochelais Camus qui expriment
le moins de confiance (52% et 51%), deux établissements
à profil moins favorisé. A l'opposé,
ce sont le collège Fromentin (de centre-ville)
et le lycée Vieljeux (périphérique
et technique, à forte représentation
masculine) qui expriment le plus de confiance (75%
et 81%).
Le
taux de non-réponse à ces deux affirmations
est particulièrement intéressant. Deux
jeunes sur dix sont déconcertés devant
la question concernant la fiabilité, surtout
les petits utilisateurs et ceux qui nont pas
dordinateur (trois sur dix). Les entretiens
montrent que le plus souvent, cest une question
quils ne se sont jamais posée, et à
laquelle il leur est difficile de répondre.
En revanche, ils réagissent davantage pour
réclamer un contrôle, 6% d'entre eux
seulement ne se prononçant pas.
L'influence
des discours médiatique et parental
Les
jeunes sont donc majoritairement favorables à
un contrôle de ce qu'il y a sur Internet. Les
filles le sont plus encore que les garçons:
75%, contre 59%. Notons toutefois qu'ils semblent
plus sereins que les adultes sur cette question: selon
les résultats de l'enquête du CSA/Le
Parisien, 85% des adultes se prononçaient pour
un contrôle des sites à la même
époque.
Mais
si les jeunes souhaitent que les sites soient contrôlés,
cest rarement parce quils ont constaté
eux-mêmes des problèmes. Le plus souvent,
ils ont entendu parler de risques, et leurs craintes
nourries par les discours médiatiques et parentaux
s'amplifient par une mauvaise connaissance d'Internet.
On constate en effet que moins ils l'utilisent et
moins ils lui font confiance (60% des petits utilisateurs
lui font confiance, contre 79% des utilisateurs réguliers).
-
Pauline (12 ans) n'est pas vraiment d'accord pour
qu'on contrôle Internet: "Contrôler, cest
ce que disent mes parents. Je comprends que certains
trouvent cela dangereux, il y a des choses qui
doivent être choquantes. A ce moment-là,
il ne faut pas y aller, chacun décide."
-
"Jai entendu parler des sites de pédophilie
à la télé, raconte Steve
(13 ans). Mais cest impossible à
contrôler. Il y a aussi des sites néonazis.
Cest pour rapporter de largent. Cest
impossible à interdire. Si on en arrête
un, le lendemain, yen a dix autres. Au Japon,
cest plus répandu."
Sur
quoi, selon eux, devraient porter les contrôles?
Il
convient d'abord de signaler que la formulation-même
de l'affirmation, avec des "dangers" listés
entre parenthèses, a sans nul doute influé
sur les réponses. Mais les jeunes ont aussi
leurs propres idées sur les informations qu'il
faudrait contrôler, et ne surtout pas contrôler!
- Franz
(12 ans) est "tout à fait d'accord" avec
l'idée qu'il faudrait contrôler "les
sites dangereux" qu'il y a sur Internet, puisqu'ils
sont dangereux! "Les sites racistes, ça
oui, il faudrait les contrôler, parce que
c'est
raciste, quoi, c'est contre des gens".
Pour les sites pornographiques, Franz est plus
hésitant: "il y a toujours des obsédés
pour y aller". Lui dit n'être jamais tombé
sur un site raciste, mais sur un site pornographique,
oui: "alors je l'enlève
". Il ne pense
pas que ce soit le même problème
que les revues pornographiques qui, elles "sont
interdites au moins de 18 ans, je crois?".
- Pour
Arnaud (13 ans), "il faudrait supprimer les sites
dalcool, de cigarettes".
- Mylène
(14 ans) défend ce qui l'intéresse,
la musique: "Certains essaient de contrôler
ce qui est sur Internet: les maisons de disques
par exemple, qui veulent vérifier ce qui
passe; pour les achats aussi, ou pour les sites
racistes. Ça, il faut vérifier,
mais pas la musique."
- Amélie
(17 ans) évoque des arnaques commerciales
quil faudrait contrôler, et des problèmes
liés au piratage de sites secrets qui risquent
de se développer.
Interrogés
en tête à tête, les jeunes sont
volontiers libertaires. Ils se déclarent très
attachés aux droits de l'homme et à
la liberté d'expression, sans toujours percevoir
le conflit possible entre ces deux notions. Ce n'est
que lorsqu'on leur donne des exemples, qu'on les pousse
plus loin dans leur réflexion qu'ils admettent
volontiers qu'il faudrait agir. Pas forcément
interdire, plutôt informer. Et sans mettre tous
les risques sur le même niveau: ils sont par
exemple beaucoup plus sévères avec les
contenus racistes qu'avec les sites pornographiques.
Ils se mettent alors à réfléchir
aux "dangers" d'Internet, s'interrogent sur les modalités
d'un éventuel contrôle et sur leur propre
comportement d'internaute.
- Amélie
(17 ans) n'est pas très au courant des
risques d'Internet. "Jentends dire quil
y a certaines personnes qui mettent des sites
comme des sites pornographiques, alors quil
y en ait un ou deux, OK, mais quil y en
ait 50
Il ne faudrait pas interdire, mais
mettre des quotas, ou les regrouper." Pour les
sites risquant de manipuler lopinion, elle
estime que lon peut aller voir ailleurs
et comparer.
- Adrien
(13 ans) ne reproche qu'une seule chose à
Internet, cest de proposer "des sites violents,
pornographiques, des sites qui agressent les gens".
Il pense quil faudrait mettre des protections,
par exemple en faisant payer les internautes.
- Même
réaction pour Margaux (14 ans), qui est
déjà tombée sur un site pornographique
en voulant taper ladresse dun groupe
de musique. "Il faudrait interdire laccès
aux mineurs des sites dangereux, violents, etc.
Ou au moins prévenir."
- Nicolas
(18 ans) pense que la liberté dexpression
est fondamentale, "même pour exprimer des
opinions extrémistes". En revanche, il
pense quil faudrait "prévenir les
jeunes qui sont facilement influençables,
par un message davertissement". Ou qu'il
faudrait "des photos censurées par une
intervention extérieure, par lEtat
français."
- Claire
(17 ans) estime que "pour la liberté dexpression
aussi, cest révolutionnaire, mais
il faut garder un il critique car certains
peuvent écrire nimporte quoi. Dans
les régimes totalitaires, Internet c'est
une bouffée doxygène grâce
à la communication quil permet."
- Quand
on interroge Cécile (16 ans) sur la fiabilité
des sites, elle s'interroge avec nous: "Peut-être
que tout n'est pas accepté? Je ne sais
pas
Il n'y a pas un système de contrôle
qui empêche... Il n'y a pas? Il faudrait
peut-être, alors
Il faudrait réguler,
ne serait-ce que pour les informations scolaires,
documentaires, pour qu'il n'y ait pas n'importe
quoi". A la fin de l'entretien, elle revient sur
le sujet, estimant qu'il faudrait préserver
la liberté de chacun de raconter sa vie
sur un site, mais contrôler les fausses
informations. Cécile est embarrassée
pour savoir comment contrôler ce qui est
faux et pense qu'il faudrait avoir recours à
des spécialistes de tous les domaines et
demander l'avis de plusieurs personnes. Quant
au contrôle sur les sites pornographiques
et les sites racistes, elle ne les met pas sur
le même plan: "les sites porno, ils font
ce qu'ils veulent ; mais racistes, il faudrait
limiter parce que ça va à l'encontre
des droits de l'homme".
- Alexandre
(15 ans) est plus radical: "Cest mauvais
de vouloir contrôler. Cest des sujets
-la violence, la pornographie...- dont il faudrait
justement parler. Pour une fois il faut laisser
faire. A chacun son plaisir. Il faut laisser faire
et dire aux gamins ce qui est."
Des
stratégies mises en place pour qualifier l'information
Lorsqu'ils
deviennent des utilisateurs réguliers d'Internet,
les jeunes sont souvent capables d'expliquer comment
ils accordent ou non leur confiance aux informations
trouvées sur Internet. C'est souvent leur expérience
d'Internet, parfois les conseils des parents ou la
pratique scolaire qui leur ont permis de développer
des stratégies de crédibilisation des
informations.
On
note par exemple une nette différence entre
les élèves de cinquième et ceux
de quatrième, classe qui, comme on le verra,
concentre le plus d'élèves qui ont déjà
utilisé Internet au collège: ils sont
40% en quatrième à s'opposer à
l'idée d'un contrôle, contre 15% en cinquième.
On pourrait en déduire que le travail avec
Internet en classe rend les élèves moins
vigilants, moins critiques. Mais au contraire, les
entretiens montrent que les élèves apprennent
à problématiser Internet pour passer
à un regard plus serein, plus averti et plus
responsable sur ses contenus.
- Hubert
(14 ans), qui fait plutôt confiance aux informations
diffusées sur Internet, estime quelles
ne sont pas toutes fiables. Il fait la différence
entre des informations émanant de sites connus
et celles diffusées sur des pages personnelles.
Pour cela, il s'appuie sur la longueur des adresses.
- Fabien
(17 ans) fait preuve d'une confiance mitigée:
"Tout dépend qui a fait les sites. Je me
méfie un peu des sites personnels. Je préfère
les sites dentreprise."
- Margaux
(14 ans) dit faire un peu attention aux sources
des documents quelle trouve, et essaie de
recouper linformation si elle ne connaît
pas lémetteur.
- Claire
(17 ans) prend ses distances: "Je regarde doù
ça sort. Faut être méfiant comme
devant nimporte quel média. Ya
des articles qui sont nuls. Faut pas être
naïf. Cest comme partout." Elle n'estime
donc pas utile de proposer un contrôle de
ce quil y a sur Internet. "Au contraire, laisser
les gens se promener, choisir
".

1-Tendances générales
2 - Que pensent-ils du "phénomène"
Internet?
3 - Que pensent-ils des contenus
d'Internet?
4 - Que pensent-ils de la technologie
Internet?
5 - Comment voient-ils lavenir
dInternet?
6 - Utilisateurs et non-utilisateurs:
des représentations identiques?
| 4
- QUE PENSENT-ILS DE LA TECHNOLOGIE INTERNET ?
|
Quelles
sont les opinions des adolescents à l'égard
d'Internet du point de vue de "l'objet technique"?
Quelles sont leurs perceptions quant aux compétences
nécessaires au développement d'une pratique
d'Internet? Sur ces questions, les jeunes ont des
avis assez partagés.
Facile à apprendre et à maîtriser
|
n=524
|
d'accord
|
pas
d'accord
|
ne
se
prononcent pas
|
|
Utiliser
Internet, ça s'apprend
très facilement
|
65%
|
14%
|
21%
|
Près
des deux-tiers des jeunes de l'échantillon
pensent quInternet sapprend facilement,
mais 21% ne se prononcent pas (rappelons que 28% de
ces jeunes n'ont jamais utilisé Internet).
Internet ne paraît compliqué à
apprendre quà 14% de léchantillon.
Les réponses varient en fonction des profils
dusagers.
- Plus
les jeunes pratiquent, plus ils estiment que c'est
facile. En allant du petit au grand utilisateur, 69%,
85% et 90% d'entre eux l'affirment.
- Le fait davoir un ordinateur à
la maison, avec ou sans Internet, est également
important et semble rassurer les jeunes : ceux
qui possèdent un ordinateur sont 73% à
penser quutiliser Internet est facile à
apprendre, contre 50% de ceux qui nont pas dordinateur.
- La différence garçons-filles
joue particulièrement. Ainsi, parmi les plus
enthousiastes ("tout à fait d'accord"), 34%
sont des garçons et 23% des filles. Particularité
qui explique sans doute les réponses nettement
plus positives des jeunes |