« …après l’épreuve, Ulysse se retrouve tel qu’il était, et le monde se retrouve peut- être plus pauvre, mais plus ferme et plus sûr. Achab ne se retrouve pas et, pour Melville lui-même, le monde menace sans cesse de s’enfoncer dans cet espace sans monde vers lequel l’attire la fascination d’une seule image. » Telles sont les remarques que Blanchot nous propose dans Le livre à venir.
Ulysse n’est pas Achab nous dit Blanchot. Ulysse n’a pas succombé à la tentation des sirènes, à la fascination des apparences, au mirage des images. Il retrouve donc un monde plus ferme, le monde réel. Son détour était le bon. Achab lui, a sombré, en poursuivant, fasciné, une seule image. Deux périples et deux mondes. Ou plutôt, un retour au monde et un espace sans monde. Pour Achab, le monde est perdu.
Tel semble bien être le tout premier danger des images, celui de la fascination, fascination qui risque de nous faire perdre pied, de nous emmener dans un ailleurs où le monde réel n’est plus là. Ce jugement de Blanchot n’est pas surprenant et n’est pas, au premier abord, sans nous faire penser aux critiques contemporaines qui sont prononcées devant le flux des images, qu’il s’agisse de la publicité, des paillettes et des strass de la société spectacle qui s’impose à la télévision ou encore des images virtuelles face à l’usage abusif desquelles certains pays développent des thérapies.
Cette critique, voire ce rejet de l’image ne sont bien sûr pas nés avec les médias.
En effet, accomplissant un geste semblable, Pascal, dans les Pensées, condamnait la peinture : « Quelle vanité que la peinture qui attire l’admiration pour la ressemblance des choses dont on n’admire point les originaux », et bien avant lui, Platon chassait le poète de la cité soulignant le danger des images pour l’ordre politique. Goebbels, lui, poursuivant d’autres fins, l’avait bien compris lorsqu’il disait ainsi que « La politique est l’art plastique de l’Etat ». On voit donc qu’on peut immédiatement charger l’image de nombreux vices. Pourtant, une condamnation aussi radicale de l’image exige bien, comme le terme l’indique, de revenir à la racine. Que peut bien être l’image pour susciter un tel discours ?
S’interroger sur les sources de cette condamnation peut, peut-être, nous permettre de mieux en saisir les enjeux mais aussi, peut-être, ce qui constitue une certaine force des images.
Qu’est-ce qui peut bien fonder ce discours sur l’image ?
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