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Dix ans de journalisme à l’écran

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La figure du journaliste parcourt le cinéma depuis longtemps, toujours révélatrice de la place accordée à la presse et aux médias de son temps. Figure cinématographique éminente, parfois démiurgique (Citizen Kane, 1940) aux États-Unis où le « quatrième pouvoir » n’est pas un vain mot, le journaliste, ailleurs, s’est vu représenté de façon plus discrète et nuancée.

Du héros au gogo
Si, au cours des années 1970, on l’a vu tantôt honoré (Les Hommes du Président, 1975 ; Judith Therpauve, 1978), tantôt décrié (Network, 1976 ; L’Honneur perdu de Katharina Blum, 1975), occupant tour à tour les deux pôles de la morale civique, les années 1980 ont été marquées par la figure du journaliste témoin des événements mais impuissant à en changer le cours (souvent un photoreporter : Le Faussaire, 1981 ; Under Fire et La Déchirure, 1983), inaugurant un « temps du doute » que les années 1990 post-guerre froide ont confirmé en avançant la figure du journaliste berné (Héros malgré lui, 1992) ou au contraire manipulateur (Des hommes d’influence, 1997).

La permanence de stéréotypes
Comment cette figure évolue-t-elle durant la décennie 2000 ? Avec le 11-Septembre, internet et les nouvelles formes de contrôle de l’information, le métier a vécu un bouleversement profond. Comment continuer à dire le monde quand celui-ci devient toujours plus complexe ? Dans l’imaginaire, le journaliste est moins présent. Mais les stéréotypes qui le définissent persistent. Au cinéma, il est encore l’objet de pamphlets (Poison d’avril et 12 h 08 à l’est de Bucarest, 2006). Dans l’ambitieuse série française Reporters, diffusée sur Canal + en 2007, les journalistes des rédactions d’une chaîne de télévision et d’un quotidien local mènent des enquêtes à risques (dont une sur un attentat à Karachi…), déjouent des manœuvres politiques et multiplient les efforts pour se maintenir dans la course à l’audience ; mais les personnages demeurent encore conformes à des « types » de newspaper films (le jeune idéaliste, le reporter désabusé et alcoolique, la belle ambitieuse, le présentateur narcissique…). Le cinéma américain, lui, maintient à flot la figure du journaliste d’investigation dans des thrillers, mais en l’assimilant à celle du détective des polars de jadis (Révélations, 2000 ; Présumé coupable et Jeux de pouvoir, 2009), plus atypique ou ambiguë que ne l’étaient les Woodward et Berstein des Hommes du Président.

Du réel à la fiction
L’histoire et ses traumatismes récents hantent quelques films dans lesquels le journaliste découvre l’inhumanité et la confusion : celle de la guerre dans l’ex-Yougoslavie dans Harrison’s Flowers (2000), ou le génocide rwandais dans Lignes de front (2010). Quand d’autres films se réfèrent à des faits plus lointains, c’est souvent pour en faire une caisse de résonance des événements actuels et restaurer par procuration l’honneur écorné des journalistes : ainsi du maccarthysme comme écho du Patriot Act (Good Night and Good Luck, 2005), d’une interrogation sur le rôle du journaliste face au pouvoir (Frost/Nixon, 2008) ou des atteintes à la liberté d’expression dans les départements antillais (Aliker, 2009).
À cet égard, il est intéressant de remarquer la part plus importante prise en France par des journalistes eux-mêmes dans l’écriture des scénarios (Sorj Chalandon est crédité au générique de Reporters) ou même dans la réalisation de films. Le retour du documentaire sur les grands écrans a permis à plusieurs anciens reporters de s’exprimer ; beaucoup d’entre eux ont même franchi le pas de la fiction : Christophe de Ponfilly (L’Étoile du soldat, 2006), William Karel (Poison d’avril, 2006), Gilles de Maistre (Grands reporters, 2009), Jean-Christophe Klotz (Lignes de front, 2010), Stéphane Rybojad (Forces spéciales, 2011). Quelques autres (Pierre Carles, Daniel Mermet, Gilles Balbastre) font entendre des voix discordantes en critiquant les médias parfois de manière acerbe.

La dissolution d’une figure
La figure du journaliste n’est plus homogène, si tant est qu’elle l’ait jamais été. Redacted, film de Brian de Palma (2007), dénonce les exactions des soldats américains en Irak. Mais, à l’instar de la dissémination des écrans dans notre monde actuel, il diffracte le regard porté sur la guerre en multipliant les points de vue (films tournées par les soldats, images de télévision, vidéos sur internet…) et finit par dissoudre la figure du journaliste. C’est là peut-être, après les photos d’Abou Ghraib, un tournant dans la façon de rendre compte d’un conflit.