Le rendez-vous incontournables des passionnés de photographie.
Sous la présidence nouvelle de Jean-Noël Jeanneney, le rendez-vous des passionnés de photographie propose cette année proposent six promenades : une argentine, une rock, une argentique, une avec les amis de la Fondation LUMA, une en forme de passage de témoin, et une autre autour des prisons françaises.
Promenade argentine. Le grand artiste plasticien León Ferrari est l’invité d’honneur des Rencontres d’Arles. La Biennale de Venise lui a décerné le Lion d’Or de l’artiste étranger en 2007 et, après une exposition au musée d’Art moderne de New York et au Reina Sofía de Madrid, son oeuvre est présentée pour la première fois en France aux Rencontres. Ses détournements de photographies ou de cartes postales sont le prétexte pour cette rétrospective.
Promenade rock. Sera évoqué durant ces Rencontres la relation entre le rock et la photographie, à travers Mick Jagger, l’artiste le plus photographié qui a accepté que les Rencontres créent la première exposition retraçant sa carrière à travers l’oeil des plus grands portraitistes ; « I am a Cliché, échos de l’esthétique punk », l’influence de la musique punk rock sur la création photo et vidéo des années 1960 à aujourd’hui à travers les oeuvres d’une vingtaine d’artistes choisis par Emma Lavigne, conservatrice pour l’art contemporain au Centre Pompidou ; une rétrospective des quarante ans de portraits du spécialiste français de la pop et du rock, Claude Gassian, sous forme d’une exposition et d’une soirée.
Promenade argentique. La montée en puissance du numérique a entraîné la disparition de certains films et procédés. Les Rencontres d’Arles 2010 donnent un coup de projecteur sur les conséquences esthétiques de ces changements technologiques.
– L’Autrichien Ernst Haas, injustement méconnu, premier photographe à tirer son talent des merveilleuses possibilités du film Kodachrome, est présenté avec une sélection de son travail couleur par William Ewing, ancien directeur du musée de l’Élysée à Lausanne.
– Le tir photographique forain : étonnants autoportraits derrière un fusil réalisés par des anonymes et des célébrités sur les stands de tir des fêtes foraines du milieu du XXe siècle, et sa réappropriation singulière par des artistes contemporains. Shoot ! La photographie existentielle est une exposition réalisée par Clément Chéroux, conservateur pour la photographie au Centre Pompidou avec la participation du collectionneur Erik Kessels.
– Au palais de l’Archevêché, François Cheval, le directeur du musée Nicéphore-Niépce de Chalon-sur-Saône, a carte blanche pour montrer par des créations inédites des outils multimédias expliquant des pratiques photographiques du passé
– La collection Polaroid court le danger d’être dispersée, seule collection qui accompagne toute l’histoire d’une pratique, Edwin H. Land en ayant eu l’initiative dès la commercialisation de son procédé en 1947. William Ewing en présente une sélection à l’Espace Van Gogh.
– Le photomontage à l’ancienne, colle et ciseaux, est remplacé par les palettes graphiques. L’artiste chinois Zhang Dali montre ce qui se faisait en Chine à des fins politiques dans les années 1950 à 1970 : des dizaines de trucages photographiques et leurs documents originaux retrouvés et décryptés grâce à cinq ans de recherche.
Promenades avec les amis de la Fondation LUMA. La Fondation LUMA présente pendant l’été un point d’étape de l’ambitieux et généreux projet de réhabilitation du Parc des Ateliers conçu notamment avec l’architecte Frank Gehry et le paysagiste Bas Smet, initié et financé par Maja Hoffmann avec la région PACA, la Ville d’Arles et le ministère de la Culture.
Promenades des passages de témoin.
– Le cinéaste Marin Karmitz présente pour la première fois sa collection de photographies, avec la complicité de Christian Caujolle dans l’église des Frères-Prêcheurs. Faisant le pont entre différentes époques et pratiques, sa démarche a la particularité d’accompagner notamment une douzaine d’artistes sur le long terme, plutôt que de balayer une période ou un genre. Marin Karmitz, qui s’est lié d’amitié avec ceux qu’il collectionne, complète pas à pas le corpus de chacun, les aidant ainsi à produire.
– Interrogeant la place actuelle du photographe documentaire, Paolo Woods expose salle Henri Comte ses portraits de familles iraniennes en parallèle de l’actualité de Téhéran, couverte par les manifestants eux-mêmes, à l’aide de leurs téléphones portables et de sa diffusion par Twitter.
Et parmi les expositions hors promenades, retenons bien sûr le rendez-vous annuel « Des clics et des Classes » une opération nationale destinée à sensibiliser les jeunes à la photographie. Elle est réalisée, pour la septième année consécutive, par le Centre national de documentation pédagogique (CNDP) avec le concours du ministère de l’Éducation nationale.
Sur le thème « Du portrait à la photo de classe », les établissements scolaires mettent en place des projets articulant travaux d’élèves et productions d’artistes. De la maternelle à l’enseignement supérieur, les élèves travaillent pendant plusieurs semaines, accompagnés par un photographe ou un plasticien et par leur professeur, garant du projet pédagogique. Ils analysent et réinventent la traditionnelle photographie de classe, « étape obligée » de toute scolarité depuis l’apparition de la photographie.
Associer élèves et photographes dans cette démarche permet de mieux faire appréhender aux élèves les particularités de leur environnement scolaire sous l’angle de la création artistique. Il s’agit d’une expérience innovante, d’une véritable opportunité pour eux de tisser des liens avec un photographe et de mieux comprendre les enjeux et paramètres du portrait en photographie. Chaque année, ces travaux photographiques sont dévoilés puis présentés tout l’été aux Rencontres d’Arles et durant l’année scolaire dans les académies participantes.
Le CNDP co-organise par ailleurs le séminaire « Image, texte et récit : comment se racontent les histoires aujourd’hui ? ». Les jeunes dialoguent aujourd’hui avec des images autant qu’avec des mots. Ils racontent ou communiquent leur environnement quotidien. Le matériel n’est souvent plus un frein, un parallélépipède de quelques grammes tenant dans une poche permettant de faire circuler des narrations intimes en temps réel. Les constructions narratives devenues discontinues changent de forme et se conjuguent en arborescence. Peut-on parler d’un « devenir image du langage » comme s’interroge Régis Durand ? Au travers de ces pratiques, c’est la place de l’image, de l’écriture et leurs relations qui évoluent. Quelles relations aujourd’hui entre photographie et narration, à travers les dialogues imaginaires, intimes et collectifs, entre récit et représentation ? À suivre les 11, 12 et 13 juillet, au Théâtre d’Arles.
Et « Une Rentrée en images, 7e édition », du 3 au 17 septembre. Les Rencontres d’Arles sont prolongées d’une semaine afin de pouvoir accueillir cette année plus de 10 000 élèves du CP au Mastère à vivre une journée de festivalier autour de trois activités choisies par leurs enseignants et animées par des médiateurs : visites d’expositions, projections, ateliers pratiques, rencontres avec des artistes exposés, parcours découverte…
Du 3 juillet au 19 septembre 2010, 10, Rond-point des Arènes, 13632 Arles
Pour en savoir plus, le site du festival.