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« Nadar, La Norme et le Caprice »

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À l’occasion du centenaire de sa mort, une exposition sur le grand photographe du XIXe siècle.

Disparu il y a cent ans, Félix Tournachon dit Nadar (1820-1910) est une figure emblématique de la photographie du XIXe siècle grâce aux portraits qu’il a réalisés des plus grands artistes de la bohême parisienne de son temps et qui ont assuré le succès de son atelier sous le Second Empire. Décrit comme une célébrité de son époque, doué d’une énergie rare, politiquement engagé contre l’Empire et républicain farouche, homme de presse et brillant caricaturiste, amis des plus grands artistes : Nadar est un monument.
Lorsque l’histoire de l’art et de la photographie le célèbre, on s’intéresse toutefois à une courte période de sa production, les années 1850. On laisse de côté les développements commerciaux de son activité, son atelier qui, des années 1860 jusqu’au début du XXe siècle, produit une photographie jugée inférieure à celle des « années créatrices ».
Sous la IIIe République, alors que Paul Nadar (1856-1939) accompagne l’entreprise paternelle, puis en prend la succession, la standardisation du portrait apparaît en effet souvent comme une dérive commerciale. Si l’oeuvre du père fondateur, Nadar, Félix Nadar, vers 1865 il est vrai, éclipse largement les activités du fils, elles n’opèrent pourtant pas au même degré dans l’histoire. Félix est un artiste de premier plan, Paul un entrepreneur qui adapte le commerce de l’atelier aux changements profonds de la société. À la rigueur inspirée du père succède la fantaisie démocratique du fils et, sur le plan visuel, tout change entre 1850 et la Belle Époque : d’une pratique expérimentale de la photographie, on passe à un exercice commercial et bientôt populaire. L’environnement lui-même se métamorphose, car le temps de la bohême romantique laisse place au Paris des spectacles de boulevard, populaires et parfois même triviaux.
En s’intéressant à l’aventure de l’atelier Nadar, l’exposition propose de réviser le point de vue généralement établi en hissant l’idée de décadence esthétique au niveau d’un fait culturel et en donnant une vision complémentaire de la société fin de siècle à travers le succès des photographies d’acteurs et d’actrices de théâtre. L’atelier du photographe apparaît alors comme le carrefour de la norme et du caprice : portraits des figures illustres et représentations solennelles du corps social côtoient grimaces et gesticulations, parades et mimodrames du monde du spectacle. À travers les archives de la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine, riche du fonds des négatifs des ateliers Nadar père et fils, l’exposition relie et relit les deux aspects a priori opposés du portrait, montrant qu’entre les « grands hommes » et les « tableaux vivants », l’imaginaire d’une société se retrouve face à l’objectif.

Du 29 mai au 7 novembre 2010, Château de Tours, 25 avenue André Malraux, 37000 Tours

Pour en savoir plus, le Petit Journal de l’exposition. (PDF)

Photo : Cléopâtre-Diane de Mérode, dite Cléo de Mérode, danseuse de l’Opéra, 1894, Atelier Nadar. Ministère de la Culture et de la Communication - France / Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine / Dist RMN