Un livre d’Olivier Chantriaux sur les coulisses de la promotion du procédé de télévision en couleurs SECAM dans les années 1960.
Les années 1960 marquent le grand tournant de la modernisation technologique en France : l’aéronautique, le spatial, le nucléaire civil et militaire, l’informatique, et, plus modeste sur le plan industriel mais susceptible de toucher infiniment plus les foyers français, le procédé SECAM de télévision en couleurs. Les négociations liées à la diffusion du procédé français SECAM de télévision en couleurs relatées dans cet ouvrage rendent compte du caractère singulier de la position de la France sur la scène internationale des années 60 : affirmation de grande puissance, indépendance nationale, construction européenne. Pour le général de Gaulle, faire adopter le procédé SECAM – symbole du génie de la France – par l’Europe entière fut une affaire d’intérêt national. S’ensuit une mobilisation exceptionnelle de la machine diplomatique française. L’enjeu était de taille : à travers ce procédé, il s’agissait à la fois de prouver la place de la France dans la modernité et de transmettre, par le biais technique, la culture française, mais aussi de jeter les bases d’une coopération européenne ambitieuse dans les sciences et les secteurs industriels d’avenir. Dans un premier temps, la France propose à l’Allemagne fédérale de s’entendre avec elle et de garantir l’unité technologique d’une Europe conquérante qui n’eût rien à envier aux États-Unis. Les Allemands n’adhèrent pas à ce choix, et, en cette période de « coexistence pacifique », la France se tourne vers la puissance russe, s’affranchissant précocement de la logique stricte de la guerre froide.
Ina Editions, 2010, 218 p., 20 €